« En quête de culture » est votre nouvelle série de témoignages et d’articles sur la vie de bureau. Deux fois par mois, CEO, DRH, designers, experts des neurosciences viennent vous parler de leurs stratégies et de leurs best practices de management et d’aménagement d’espace pour souder un collectif. Pour ce premier épisode, c’est Olivier Ramel, « culture designer » de son état et CEO fondateur de Kymono, qui nous fait le plaisir d’une papote. Son métier ? Accompagner les entreprises pour les aider à incarner leur culture.

Olivier, tu as 28 ans. Tu en es à ta 5e boîte et 10 ans d’entrepreneuriat. Tu nous racontes la genèse de Kymono ? Pourquoi avoir créé une boîte de « culture designers » ?

C’était il y a deux ans. Avec Alice (Zagury) de The Family, on prenait un café. Rapidement, la discussion s’oriente vers la culture d’entreprise. Nous sommes tous les deux d’accord pour dire que le sujet est devenu prioritaire aujourd’hui : la culture d’entreprise est clef pour attirer, fidéliser les talents et souder une bonne équipe. Pourtant, pour 90 % des gens, elle reste un concept très abstrait. Bullshit même.

De là est né Kymono. On s’est demandé comment la culture d’entreprise, au-delà des grands discours, s’incarne concrètement dans l’entreprise. Nous avons identifié 3 facteurs principaux :

  1. L’environnement de travail. Google a compris son importance pour attirer les meilleurs ingénieurs du monde il y a 20 ans déjà. Il y a une décennie, certains grands groupes ont tenté de les copier. Sans succès. Il manquait l’émotivité. Aujourd’hui, en revanche ça bouge beaucoup et on arrive à une phase de maturité.
  2. La communication. Il n’y a plus aujourd’hui de offline ou de online, de com’ interne ou de marque employeur. Il doit y avoir une communication unique, qui transmet des valeurs. Quelles que soient les parties prenantes.
  3. Le branding, la représentation. Ce sont tous les codes visibles de l’entreprise : sa charte graphique, son site internet… Et, si tu descends cet entonnoir, tu tombes finalement sur les vêtements. C’est la première activité qu’on a lancée chez Kymono.

Le marché BtoB du textile personnalisé était très cheap, avec des vêtements mal coupés. On a été game breaker avec des vêtements stylés, sur-mesure, un accompagnement des entreprises et des valeurs éthiques (coton bio…). Progressivement, on ajoute les autres briques à notre offre : il y a quatre mois on a lancé « l’office design » et bientôt on attaquera l’offre communication.

Comment une boîte qui est culture designer design sa propre culture ?

Notre métier est de rendre tangible la culture d’entreprise, de créer un sentiment d’appartenance. Nous sommes partis d’un constat simple : si tu veux que tes salariés soient des ambassadeurs, il faut qu’ils soient fiers de leur boîte, il faut que tout ce qui incarne leur culture entreprise déchire. Ça s’applique aussi aux vêtements : si tu veux que tes salariés aient des vêtements brandés au nom de ta boîte, il faut qu’ils soient fiers de les porter.

De la même manière, une entreprise doit avoir un vrai purpose, une vraie vision. C’est cette vision qui est ensuite transmise à l’extérieur et permet de nourrir l’image d’une entreprise. Aujourd’hui, par exemple, les gens ont « oublié » notre service de vêtements et nous perçoivent vraiment comme des culture designers. J’ai des CEO qui me demandent de l’aide pour leur culture parce qu’ils ne savent pas comment s’y prendre. Nous ne sommes pas qu’une start-up qui fournit des commodities.

Le purpose doit être martelé, intégré dans le discours, le service ou dans un pitch de rendez-vous client. En bref, il faut qu’il soit vécu… ou alors c’est juste un manifeste placardé sur un mur. Chez Kymono, nous avons cinq valeurs fortes et structurantes, qui nous accompagnent dans notre croissance et notre recrutement :

On travaille avec des entreprises comme Payfit ou Alan. Pour des start-ups à forte croissance, qui recrutent 10 personnes chaque semaine, l’onboarding est clef. On va donc designer avec eux un welcome pack qui traduit leur purpose et leurs valeurs. Pour Merci Jack (start-up qui gère la maintenance des entreprises), on a designé une clef USB qui fait aussi décapsuleur avec le slogan « À la santé de tes bureaux ».

Tu dis souvent en interview qu’« une culture d’entreprise se manage et se mesure ». C’est contre-intuitif quand on y pense. Tu nous expliques ?

On a identifié 5 critères à partir desquels on peut mesurer notre culture d’entreprise : la story (naissance de la boîte, key moments, vision…), le business (mission, clients, différentiation…), l’identité (charte graphique…), le people (management, structuration, types de personnalités recrutées…) et la partie life (rituels, vie ensemble…). À partir de ces 5 dimensions, on établit un questionnaire qui permet de mesurer la culture d’entreprise à un instant T, de faire un audit et de proposer des actions sur les dimensions à travailler.

La culture d’entreprise est évolutive. Elle dépend souvent de la croissance de la boîte. L’ambiance est différente quand ton effectif est compris entre 0 et 10, entre 10 et 50 ou entre 50 et 500 personnes. On l’a vécu chez Kymono. Quand tu as entre 0 et 10 collaborateurs, la culture d’entreprise est souvent à l’image du fondateur. Passé 10 collaborateurs, elle évolue aussi en fonction des personnes qui te rejoignent. On passe alors du « moi » au « eux ». Il faut surveiller sa culture d’entreprise comme le lait sur le feu ; la mesurer, l’accompagner, pour éviter qu’elle ne se délite.

Comment fait-on pour « manager » une culture quand on a des bureaux à Londres, Madrid ou Berlin, comme c’est le cas pour Kymono ?

Il y a d’abord les rituels et l’organisation de l’équipe. À titre personnel, ça occupe 50 % de mon temps. Il y a à la fois une raison très pragmatique à ça (l’efficacité business), mais il y a surtout une dimension humaine. Les rituels soudent les équipes autour de moments et de référentiels communs. Par exemple, tous les lundis matin, à 9h pile, on se fait une review avec tout le monde. Les « moments de vie » sont aussi méga importants. Il faut savoir s’amuser ensemble pour travailler ensemble. On part régulièrement travailler une semaine à l’étranger avec la team. La dernière fois, c’était à Berlin. Ce sont à la fois les moments les plus productifs et les plus funs. Le team building doit être quelque chose de profond. Dès le lendemain on doit sentir le changement… ou ça n’a pas d’intérêt !

Ensuite, il y a la communication. Quand tes équipes sont éparpillées entre Paris, Londres, Berlin et Madrid, tout le monde doit être au courant de tout. On travaille toujours nos implantations internationales en deux étapes :
● Temps 1 : immerger les gens dans notre culture. Les derniers country managers fraîchement recrutés passent tous trois mois à Paris avant de rejoindre leurs pays respectifs. Ils sont ensuite suivis les trois mois suivants par notre Head of International Expansion.
● Temps 2 : le suivi. On a une personne dédiée à ça. Elle s’assure que tous les pays soient au même niveau d’information. Moi-même, je suis en contact toutes les semaines avec nos country managers. Et, tous les mois, ils viennent à Paris pour partager leurs progrès et échanger. Last but not least : tous nos documents internes sont en anglais.

Mais on voit bien que ces deux éléments sont liés : quand tu crées des moments de partage, tu génères de la communication. Et vice-versa.

Dernière question pour la route : chez TOTEM, on pense que la nourriture et les temps de pause sont importants pour fédérer les équipes. Et chez Kymono, c'est quoi vos petits rituels autour de la pause et de la nourriture ?

Nous n’avons pas vraiment de rituels autour des pauses. La pause dej, par exemple se fait ensemble on rapproche les tables et tout le monde se mélange. Jamais personne ou alors c'est rare ne reste déjeuner à son desk. C'est un moment de partage et d'échange qui est important pour l'équipe. Le lundi aussi réunion à 9h suivi du petit dej et nous échangeons les plus et moins de nos week ends. On appelle ça le Highlight lowlight du week-end !